Le but, la finalité d’un blog, c’est d’écrire, d’écrire encore. Je suis un cabotin, je l’assume. Si j’écris, c’est aussi dans l’espoir d’être lu et bien sûr commenté. Alors, merci à tous ceux qui, à l’aide d’un clic, ont ouvert la case commentaire pour y laisser un bout de leur pensée. S’il m’est agréable d’écrire, il m’est tout aussi agréable de vous lire. Un blog de voyage est là pour commenter nos journées, ce que nous voyons, ce que nous vivons. Nous finissons notre troisième mois de voyage. Déjà ! Quand nous avons tourné la clé de la porte de notre maison, tout était calme dans notre quartier, dans notre village. Notre voisine faisait un signe de la main. Depuis notre départ, un ouragan s’est déchainé sur la vie que nous avons laissée. Une chape pesante s’est posée, isolant les gens du bonheur de se rencontrer.

Nous aussi, à notre façon, nous subissons es conséquences de ce tumulte qui a circulé autour du monde plus vite que la terre ne tourne. Mais ici, nous n’osons pas nous plaindre, même évoquer la suppression des escales et la continuité de la vie à bord. Alors, comment trouver les mots pour parler de notre vie sur ce bateau luxueux, alors que famille et amis vivent confinés ? Il me semble qu’il faille un peu de pudeur pour parler de toutes ces opportunités que nous avons à notre disposition. Parce que je sais que la plupart des amis qui me liront dans les jours à venir sont dans un isolement forcé au creux de leur appartement avec pour certains, la peur de rencontrer cette petite particule que l’on appelle virus.

Nous prenons ici, j’espère que cela ne sera pas trop sensible à notre retour, des habitudes égoïstes. Notre vie à bord est centrée sur nous-mêmes, que ce soit par les activités ou par les inactivités. Pour moi, l’écriture, le tri des photos, sont dans mes activités majeures du moment. En cette fin de matinée, je suis au bord de la piscine, je regarde évoluer les sirènes dans l’onde bleue. Toutes les sirènes sont des gamines de mon âge ; ainsi, Annie qui est à côté de moi n’est pas jalouse. J’ai déjà évoqué que l’écriture est un refuge pour moi. Alors, pourquoi pas pour vous ? Je voudrais vous faire une proposition. Vous qui avez des contraintes dans l’utilisation de votre temps, récupérez un vieux cahier, même usagé. Allez voir dans votre sac à main, récupérez votre stylo favori. Il est important d’aimer son stylo. Écrivez ! Écrivez encore. Écrivez-moi l’histoire d’un animal qui n’est pas très sage. Allez, laissez exploser votre imagination ! Il ne s’agit pas que cela soit bien ou pas bien, que ce soit bien écrit ou mal écrit. Écrivez ! C’est le moment. Bien sûr, votre histoire, vous me l’envoyez sur ma boite de courriel. Je vous promets de vous faire un commentaire. Et puis nous recommencerons. Chiche !

Bon, il n’y a quand même pas que l’écriture dans la vie. Je vous fais une confidence. J’ai une frustration. Une frustration de plus en plus forte. Celle de taquiner les queues de mes casseroles et mitonner des petits plats pour ma chérie. Mais quelle malhonnêteté que ces propos-là ! Dans quelques minutes, je vais glisser mes genoux sous la nappe d’une jolie table ronde. Un gentil monsieur y fera glisser une serviette de coton beige. Il me fera choisir dans un large menu, me demandera quel vin je veux boire. Bon j’arrête, je dérape, excusez-moi, je n’ai pas le droit de vous donner des envies, de jouer le nanti. Pardonnez cet écart de langage épistolaire. Ne prenez pas mal non plus si je vous susurre que le soir, nous sommes confinés comme pratiquement tous les soirs dans la salle des fêtes pour ouïr des concerts. Tous sont excellents. J’ai une préférence très marquée pour un groupe italien de musique classique. Ils sont de Vérone. Oui, c’est bien là qu’un gentil garçon allait chantonner sous le balcon de sa copine. Alors dans le pays, l’habitude est restée. Six sont musiciens, quatre sont chanteurs. Ils sont fantastiques, ils nous font profiter du répertoire des compositeurs italiens, mais aussi de bien d’autres. Ils nous apportent des moments de grande intensité, tant leurs talents sont grands. Souvent, en les écoutant, je pense à notre amie Marianne de Chassieu. Pour compléter sa liste d’adresses pour le Karavan théâtre, il est essentiel que son patron l’inscrive au prochain tour du monde pour profiter elle-même de ces spectacles. Le budget formation devrait pouvoir être utilisé !

Donc, le voyage se poursuit en attendant le pompiste de Colombo. Encore, nous n’osons pas dire que notre vie est tranquille et sereine nous sommes pratiquement en ataraxie. (Allez voir dans le dico !) Loin de nous que de vouloir vous faire de la peine ni exciter une quelconque jalousie. Mais hier au soir, nos voisins de chambre, de charmants Germaniques, nous ont invités pour partager une bouteille de champagne. Excellent moment de convivialité. Cet après-midi, puisque confinement il y a, nous ferons une partie de rami. Que des choses simples. Retrouverons-nous cela à notre retour ? Aurai-je le droit de gratter mon jardin ? L’hémisphère gauche de notre cerveau a bien compris les contraintes que vous vivez. Il me semble que le droit aura des difficultés d’adaptation.

Mais pour l’instant, je suis en attente de lire vos courriels avec votre écriture. Avec votre permission, je le publierai sur ce blog pour en garder une trace partagée.

À bientôt,

 

© Pierre Delphin – écrit à la grotta azura le mardi 31 mars 2020